Déc 03

Une étude révèle la réalité cachée des femmes sans statut

Le Centre des travailleurs et travailleuses immigrants a dévoilé une nouvelle étude réalisée par son Comité des femmes, qui met en lumière les conditions difficiles et souvent abusives auxquelles sont confrontées les femmes sans statut légal au Québec. Cette recherche, menée auprès de soixante quinze femmes dont trois ont été écartées pour des raisons méthodologiques, révèle des formes répandues de violence physique et psychologique, ainsi que des atteintes graves à la santé et aux droits fondamentaux.

L’absence de statut légal apparaît comme un facteur déterminant de la vulnérabilité de ces femmes. La majorité d’entre elles vivent sans statut depuis plus d’un an, et certaines depuis plus de dix ans. Elles travaillent principalement dans les secteurs domestique et agricole, avec une moyenne de trente heures par semaine et un revenu hebdomadaire d’environ trois cent dix neuf dollars.

Le niveau de stress atteint des seuils alarmants. Soixante dix neuf pour cent des participantes évaluent leur stress lié à leur statut précaire à plus de huit sur dix. À peine un quart dépend d’un seul employeur, ce qui oblige la plupart à chercher du travail en continu et place soixante quinze pour cent d’entre elles dans un état de tension permanente.

Les abus financiers sont largement répandus. Soixante quinze pour cent des femmes déclarent ne pas toujours être payées au salaire minimum, et près de soixante pour cent affirment avoir subi un vol de salaire. Douze pour cent indiquent même qu’elles ne reçoivent jamais la totalité de leur paie, ce qui accroît la pression économique sur des femmes qui soutiennent souvent des proches à distance.

Les atteintes à la dignité et à la sécurité sont nombreuses. Soixante six pour cent disent se sentir surveillées au travail. Cinquante six pour cent sont victimes de cris ou d’intimidation. Quarante deux pour cent rapportent du harcèlement sexuel, et vingt cinq pour cent disent avoir été touchées de manière inappropriée. L’une des participantes, citée sous un nom fictif, explique la sensation d’impuissance permanente qui accompagne chaque épisode de maltraitance.

Les conséquences sur la santé sont tout aussi préoccupantes. De nombreuses femmes n’ont reçu aucune formation en santé et sécurité et ne disposent pas de l’équipement de protection requis. Quarante deux pour cent ont subi un accident de travail et quarante neuf pour cent ont développé une maladie liée au travail. Très peu ont pu obtenir les soins nécessaires. Soixante six pour cent évaluent à plus de huit sur dix le stress généré par leur difficulté d’accès aux soins de santé.

Les femmes sans statut n’ont accès ni aux cliniques ni aux hôpitaux, même pour un suivi de grossesse ou des soins préventifs essentiels. Lors de la conférence de presse de lancement du rapport, des porte paroles du Comité des femmes ont réaffirmé l’urgence d’assurer un accès complet et sans restriction aux soins pour toutes les femmes sans statut.

Cette étude dévoile une réalité trop souvent invisible et appelle à des mesures immédiates pour protéger les femmes sans statut contre l’exploitation et la violence et pour garantir leur accès aux services essentiels et à des voies réelles de régularisation.

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