Ce que révèle la crise du racisme au sein du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) ne se résume pas à quelques policiers ayant outrepassé leurs fonctions. Le démantèlement d’une équipe entière de 16 policiers au poste de quartier 39, à Montréal-Nord, à la suite d’allégations de racisme et de comportements haineux, soulève une question beaucoup plus profonde : quelles structures permettent à de telles pratiques de se développer au sein d’une institution censée protéger tout le monde ?
Après l’éclatement de l’affaire, des organismes et des intervenant·es communautaires ont réclamé des mesures concrètes, tandis que les appels en faveur d’une enquête publique indépendante se multiplient. Mais l’enjeu dépasse largement le simple rétablissement de la « confiance ». Il faut une véritable reddition de comptes et une transformation des pratiques qui exposent les personnes noires, immigrantes, réfugiées et d’autres communautés marginalisées à la discrimination, à la surveillance et à la suspicion.
Le problème n’est pas nouveau à Montréal-Nord. Le quartier porte toujours la mémoire de la mort de Fredy Villanueva, 18 ans, tué par balle par un policier en 2008, et des longues luttes contre le profilage racial et la marginalisation sociale et économique qui ont suivi. Aujourd’hui, les mêmes questions reviennent avec une urgence qu’il est impossible d’ignorer.
Des résident·es et des organismes communautaires réclament des mesures réelles, notamment la fin des interpellations policières arbitraires. Mais les communautés qui subissent le racisme ne peuvent pas être sommées d’attendre encore des années avant que les institutions changent.
Pour les personnes immigrantes, réfugiées et les travailleuses et travailleurs au statut précaire, la peur de la police peut se conjuguer à la précarité du statut migratoire, à la pauvreté, à l’isolement linguistique et à la discrimination dans l’emploi et le logement. Combattre le racisme policier fait donc partie intégrante de la lutte pour les droits des personnes migrantes et des travailleurs et travailleuses.
Les formations de « sensibilisation » et les déclarations de relations publiques ne suffisent pas. Il faut une enquête indépendante et transparente, une véritable reddition de comptes, la fin du profilage racial et des interpellations discriminatoires, ainsi qu’un pouvoir réel des communautés concernées sur les pratiques policières.
La véritable sécurité ne se construit pas par la peur. Il ne peut y avoir de justice tant que la couleur de la peau, l’origine ou le statut migratoire peuvent transformer une personne en suspecte.



Les commentaires sont fermés.