Le gouvernement de Mark Carney accélère la machine canadienne à déporter tout en rendant les personnes migrantes et réfugiées responsables de la crise du logement, de la hausse du coût de la vie et de la détérioration des services publics. Pourtant, ces personnes n’ont pas créé ces crises. Elles résultent des décisions de gouvernements qui ont abandonné le logement social, multiplié les programmes de migration temporaire précaires et permis aux employeurs et aux établissements d’enseignement d’exploiter les travailleuses et travailleurs migrants ainsi que les étudiant·es internationaux.
En 2025, l’Agence des services frontaliers du Canada a expulsé 23 160 personnes, soit le nombre annuel le plus élevé de l’histoire du Canada. L’Agence expulse maintenant environ 400 personnes par semaine. Pourtant, seulement 1 010 des personnes expulsées en 2025 l’ont été pour des motifs graves liés à la criminalité, à la sécurité nationale, au crime organisé, aux crimes de guerre ou aux violations des droits de la personne.
L’immense majorité a donc été punie en raison de son statut migratoire ou du rejet de sa demande d’asile, et non parce qu’elle représentait une menace pour la société.
Le gouvernement fédéral a consacré 30,4 millions de dollars à l’augmentation de la capacité de l’Agence à exécuter les expulsions. Agence des services frontaliers du Canada
Le Québec au cœur de la machine à déporter
Les communautés migrantes du Québec portent le plus lourd fardeau de cette offensive. Durant les quatre premiers mois de 2026, le Québec a concentré 55 % de toutes les expulsions réalisées au Canada, contre 30 % en 2022. À Montréal seulement, environ 200 dossiers d’expulsion sont désormais traités chaque semaine.
Cette escalade ne peut pas s’expliquer simplement par le nombre de personnes demandeuses d’asile présentes au Québec. Le taux d’expulsion y est disproportionné par rapport aux régions de Toronto et de Vancouver. Le Québec est en train de devenir un laboratoire pour une vaste campagne d’expulsions alimentée par les discours antimigrants des gouvernements fédéral et provincial.
Des agentes et agents frontaliers interpellent des personnes à leur domicile, sur leur lieu de travail, dans des lieux de culte et jusque dans les écoles de leurs enfants. Des personnes migrantes sont de plus en plus souvent détenues dès le premier contact avec l’Agence. D’autres sont poussées vers l’expulsion alors que leur demande pour considérations humanitaires ou leur dossier judiciaire est toujours en cours. Même la présence d’enfants nés au Canada ou de graves problèmes de santé ne suffit pas toujours à arrêter l’expulsion.
Mostafa Henaway, organisateur au Centre des travailleurs et travailleuses immigrants, a dénoncé l’expulsion accélérée de personnes dont la demande d’asile a été refusée avant qu’elles puissent utiliser les derniers recours juridiques à leur disposition. L’organisateur Gaurav Sharma a également souligné le traumatisme causé lorsque la police et les agentes et agents frontaliers entrent dans les domiciles et arrêtent des parents devant leurs enfants. Enquête de The Breach sur les expulsions au Québec
Les personnes migrantes n’ont pas créé la crise du logement
La destruction du logement social au Canada a commencé des décennies avant la récente hausse de l’immigration. Depuis les années 1990, les gouvernements se sont retirés du financement et de la construction de logements publics, abandonnant de plus en plus le secteur aux promoteurs, aux propriétaires et aux spéculateurs immobiliers.
En 2023, le prix moyen d’une maison au Canada équivalait à 8,8 fois le revenu moyen d’un ménage, contre seulement 2,5 fois en 1980.
Une expulsion ne construit aucun logement. Elle ne fait pas baisser les loyers, ne crée pas de lits d’hôpital et ne met pas fin à la spéculation immobilière. Elle ne tient pas davantage responsables les collèges qui ont encaissé des milliards de dollars versés par les étudiant·es internationaux, ni les employeurs qui ont utilisé les permis de travail fermés pour imposer de faibles salaires et réduire les travailleurs au silence.
Les gouvernements ont accueilli les personnes migrantes lorsqu’ils avaient besoin de leur travail, de leurs droits de scolarité et de leurs impôts. Maintenant que les crises engendrées par ces politiques s’aggravent, ils transforment ces mêmes personnes en boucs émissaires.
L’expulsion protège l’exploitation
La machine à déporter ne punit pas les employeurs qui volent les salaires ou menacent les personnes dont le statut migratoire dépend de leur emploi. Elle renforce plutôt leur pouvoir. Une personne qui sait qu’une plainte peut lui coûter son emploi, son statut et sa place au Canada devient plus facile à exploiter.
La loi C-12 a également élargi le pouvoir du gouvernement d’annuler ou de suspendre des groupes de documents d’immigration, tout en restreignant l’accès à la protection des personnes réfugiées. Les défaillances administratives sont ainsi transformées en armes contre des personnes qui n’ont commis aucun crime, pendant que les garanties juridiques et le droit à la protection reculent.
Stop aux expulsions—un statut pour toutes et tous
Le Canada n’a pas besoin de davantage d’arrestations et d’expulsions. Il a besoin d’un vaste programme de construction de logements publics, de services publics correctement financés, de mesures contre les employeurs et les institutions qui profitent de la précarité migratoire, ainsi que de l’abolition des permis de travail fermés.
Le Centre des travailleurs et travailleuses immigrants exige l’arrêt immédiat des expulsions, la fin des séparations familiales et la création d’un programme permanent et complet de régularisation de toutes les personnes sans statut sécuritaire. Toutes les personnes migrantes doivent obtenir un statut permanent et la liberté de changer d’employeur, de s’organiser et de défendre leurs droits.
Les personnes migrantes ne sont pas une crise dont il faudrait se débarrasser. La véritable crise, c’est un système qui profite de leur travail, puis leur fait payer les échecs des gouvernements et des employeurs.
D’après une analyse de Pitasanna Shanmugathas publiée dans JURIST le 21 août 2026, avec un éclairage particulier sur la crise des expulsions au Québec.



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