Quelques jours seulement après le début de la campagne électorale québécoise, les personnes migrantes sont de nouveau présentées comme responsables des écoles surpeuplées, de la crise du logement et de la détérioration des services publics.
Le chef du Parti Québécois, Paul St-Pierre Plamondon, promet de réduire le nombre de personnes immigrantes temporaires au Québec, le faisant passer de plus de 500 000 à une fourchette de 200 000 à 250 000. Devant une école secondaire de Québec qui utilise des classes modulaires, il a déclaré que la province faisait face à une « perte totale de contrôle » de l’immigration.
Le choix du lieu n’était pas anodin. Il transformait les enfants de personnes immigrantes en explication visuelle de la surpopulation des classes et de la dégradation des écoles. Comme l’a justement souligné Ruba Ghazal, porte-parole de Québec solidaire, ce sont des années de sous-investissement gouvernemental—et non les enfants immigrants—qui sont responsables de la détérioration de l’éducation publique.
Paul St-Pierre Plamondon affirme qu’il blâme la CAQ et le gouvernement fédéral plutôt que les personnes migrantes elles-mêmes. Mais la politique du bouc émissaire ne nécessite pas d’attaquer ouvertement des individus. Lorsque des responsables politiques associent constamment les personnes migrantes à la pénurie de logements, aux écoles surpeuplées et aux hôpitaux débordés, ils encouragent la population à les considérer comme le problème.
Des êtres humains réduits à un chiffre
L’expression « immigration temporaire » dissimule des réalités très différentes : des personnes demandeuses d’asile ayant fui la persécution, des étudiant·es internationaux, des travailleuses et travailleurs étrangers temporaires et des membres de leur famille.
Beaucoup vivent, travaillent et élèvent leurs enfants au Québec depuis des années. Ces personnes ne constituent pas un fardeau temporaire. Elles font partie de nos communautés, mais se voient refuser des droits égaux et un statut permanent.
Les données officielles montrent également que le nombre de personnes résidentes non permanentes avait déjà commencé à diminuer avant cette promesse électorale. Il est passé d’environ 565 450 en janvier 2025 à une estimation de 514 050 en janvier 2026.
Le PQ propose pourtant une réduction beaucoup plus brutale, susceptible de déraciner des centaines de milliers de personnes, sans expliquer qui serait forcé de partir, quels permis ne seraient pas renouvelés ni quelles familles seraient séparées. Institut de la statistique du Québec
Présenter cette mesure comme une simple « cible » administrative n’efface pas ses conséquences humaines.
Les personnes migrantes n’ont pas démantelé les services publics
L’immigration peut accroître la demande en logements, en écoles et en soins de santé. Mais cette demande ne devient une crise que lorsque les gouvernements refusent de construire et de financer adéquatement les services nécessaires à une société en croissance.
Les personnes migrantes n’ont pas empêché les gouvernements de construire des logements sociaux. Elles n’ont pas permis que les logements abordables disparaissent au profit de la spéculation immobilière. Elles n’ont pas imposé l’austérité aux écoles ni créé les pénuries de personnel dans les hôpitaux. Ce sont des décisions politiques prises au fil des années.
Même après la diminution de l’immigration temporaire et l’allègement des pressions sur le marché locatif montréalais en 2025, les loyers ont continué d’augmenter fortement. Cela montre les limites d’un discours qui rend la croissance démographique responsable de tout : réduire l’immigration ne contrôle pas les propriétaires, n’élimine pas la spéculation et ne construit pas de logements abordables. Société canadienne d’hypothèques et de logement
Les personnes migrantes constituent une cible facile précisément parce que les gouvernements ne veulent pas que l’attention se tourne vers les promoteurs immobiliers, les grands propriétaires, les profits des entreprises, la privatisation ou leur propre refus d’investir dans les infrastructures publiques.
Recherché·es comme main-d’œuvre, rejeté·es comme voisin·es
La proposition du PQ révèle une contradiction flagrante. Le parti veut réduire radicalement l’immigration temporaire tout en protégeant les secteurs de l’agriculture, de la fabrication et de la santé, qui dépendent fortement du travail migrant.
Autrement dit, les employeurs devraient continuer à recevoir la main-d’œuvre dont ils ont besoin, tandis que ces travailleuses et travailleurs demeureraient jetables et politiquement suspects.
Le chef du Parti libéral du Québec, Charles Milliard, a principalement critiqué la proposition parce que les entreprises font déjà face à une pénurie de main-d’œuvre. Cela ne constitue pas non plus une défense suffisante des personnes migrantes. Les travailleuses et travailleurs migrants sont des êtres humains titulaires de droits, et non des unités de travail que l’on conserve lorsqu’elles sont rentables et que l’on expulse lorsque cela devient politiquement avantageux.
Ces deux positions reproduisent la même injustice : la valeur des personnes migrantes est déterminée par les besoins des employeurs, plutôt que par leur reconnaissance comme membres à part entière de la société ayant droit à la sécurité, à l’égalité et à un statut permanent.
La précarité du statut est un choix politique
Les gouvernements du Québec et du Canada ont délibérément élargi les programmes d’immigration temporaire parce qu’ils fournissent aux employeurs une main-d’œuvre aux droits limités, dont la présence au pays peut dépendre d’un emploi ou d’un permis particulier.
Les permis de travail fermés donnent un pouvoir immense aux employeurs abusifs. Les étudiant·es internationaux paient des droits de scolarité démesurés tout en subissant des restrictions concernant le travail et l’accès à la résidence permanente. Les personnes demandeuses d’asile accomplissent des tâches essentielles tout en vivant sous la menace constante du refus et de l’expulsion.
Les gouvernements ont créé ce système de précarité. Ils ne peuvent maintenant en punir les personnes qui y sont prises.
Réduire le nombre de personnes immigrantes temporaires sans garantir un statut permanent ne mettra pas fin à l’exploitation. Cela aggravera l’insécurité, multipliera les expulsions, séparera des familles et rendra les travailleuses et travailleurs encore plus réticents à dénoncer le vol de salaire ou les conditions de travail dangereuses.
Un statut pour toutes et tous, pas de boucs émissaires
Le Centre des travailleurs et travailleuses immigrants rejette toute tentative de faire payer aux personnes migrantes le prix de décennies d’échecs politiques.
Le Québec doit investir massivement dans les logements publics, sociaux et coopératifs, les écoles, les soins de santé et le transport collectif. Il faut renforcer les protections contre les augmentations de loyer et prendre de véritables mesures contre la spéculation immobilière. Les permis de travail fermés doivent être abolis, le droit d’asile défendu et un statut permanent accordé à toutes et à tous.
La question centrale de cette élection ne devrait pas être de savoir combien de personnes migrantes le Québec peut expulser. Elle devrait être de savoir pourquoi les gouvernements continuent de sous-financer les services publics tout en protégeant celles et ceux qui profitent de la crise du logement et du travail précaire.
Les travailleuses et travailleurs migrants construisent nos logements, produisent notre nourriture, prennent soin des malades, nettoient les lieux de travail et font vivre des communautés partout au Québec.
Ces personnes ne sont pas responsables de la crise. Elles comptent plutôt parmi celles qui en paient le prix le plus élevé.
Ce texte réagit aux déclarations rapportées par Global News et La Presse Canadienne le 29 août 2026.



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