Un nouveau sondage révèle l’ampleur de la crise des soins de santé au Canada, particulièrement au Québec, où les longs délais d’attente poussent les patients à renoncer à consulter un médecin ou à se rendre à l’hôpital. La solution n’est pas la privatisation, mais un investissement public accru, l’embauche de personnel soignant et l’amélioration des services pour toutes et tous.
L’accès aux soins de santé au Canada n’est plus garanti au moment où les gens en ont besoin. Pour des milliers de travailleurs, de familles et de personnes âgées, consulter un médecin peut signifier passer de longues heures aux urgences ou attendre des semaines, voire des mois, pour obtenir un rendez-vous. Dans certains cas, reporter des soins devient la seule option pour celles et ceux qui ne peuvent se permettre d’attendre ou de perdre une journée de salaire.
Un nouveau sondage Léger, publié le 29 octobre 2026, révèle que la moitié des personnes interrogées au Canada ont déjà évité de consulter un médecin ou de se rendre à l’hôpital en raison des longs délais d’attente. Cette proportion est particulièrement élevée chez les femmes, les personnes âgées et les résidents du Québec.
Plus révélateur encore, 84 % des répondants estiment que le système de santé doit changer. C’est un avertissement clair : la crise n’est plus simplement un problème administratif, elle compromet le droit fondamental de la population à recevoir des soins.
Les données officielles confirment la gravité de la situation. Selon l’Institut canadien d’information sur la santé, un patient sur dix a passé plus de 14 heures aux urgences durant l’exercice 2024-2025, tandis que certains patients hospitalisés ont attendu plus de 36 heures avant d’obtenir un lit.
La souffrance des patients devient-elle une occasion de privatiser les soins ?
Paradoxalement, le sondage a été commandé par trois organisations de droite favorables aux politiques de marché, dont l’Institut économique de Montréal. Ses résultats mettent en évidence que 61 % des répondants sont favorables à la possibilité de payer pour des soins privés lorsqu’ils ne peuvent obtenir un traitement suffisamment rapidement dans le système public.
Mais être prêt à payer pour échapper aux longues attentes ne signifie pas soutenir la privatisation de la santé. Les patients veulent recevoir des soins à temps, pas nécessairement un système où les plus riches passent en premier tandis que les autres sont condamnés à attendre.
Le danger est que l’expansion du secteur privé détourne les médecins et les infirmières des établissements publics, plutôt que de résoudre la pénurie de personnel. Le résultat pourrait être un système de santé à deux vitesses, offrant un accès plus rapide à celles et ceux qui ont les moyens de payer, et des attentes prolongées pour les autres.
Le Canada dépense des milliards. Pourquoi la crise persiste-t-elle ?
Selon les estimations de l’Institut canadien d’information sur la santé, les dépenses totales de santé au Canada devraient atteindre 399 milliards de dollars en 2025. Pourtant, le système continue de souffrir d’un manque de médecins, de lits d’hôpital et de services essentiels.
D’après l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), le Canada compte 2,7 médecins pour 1 000 habitants, contre une moyenne de 3,9 dans les pays de l’OCDE. Il dispose également de seulement 2,5 lits d’hôpital pour 1 000 habitants, comparativement à une moyenne de 4,2.
Ces chiffres montrent que le problème ne réside pas uniquement dans les montants dépensés, mais aussi dans la répartition des ressources et dans la capacité des investissements publics à répondre aux besoins de la population.
Il ne suffit pas de mieux gérer les listes d’attente. Il faut augmenter réellement la capacité du système public à soigner les patients.
Cela exige un financement public accru et durable, l’embauche de davantage de médecins et de personnel infirmier, l’amélioration des salaires et des conditions de travail, l’ouverture de nouvelles cliniques publiques, le développement des soins à domicile et des services de proximité, ainsi que l’augmentation de la capacité d’accueil des hôpitaux.
Ces investissements devraient être financés par une fiscalité plus équitable, obligeant les grandes entreprises et les plus fortunés à contribuer davantage au financement des services publics.
Les travailleurs et les migrants paient un prix plus lourd
La crise du système de santé ne touche pas tout le monde de la même manière. Un travailleur à faible revenu peut perdre une partie de son salaire en passant des heures à l’hôpital. Une travailleuse migrante qui ne bénéficie pas de congés de maladie payés peut être contrainte de choisir entre sa santé et son revenu. Les personnes confrontées à des barrières linguistiques ou administratives, ou à des difficultés d’accès à la couverture médicale, peuvent subir des conséquences encore plus graves.
C’est pourquoi la lutte pour améliorer les soins de santé est indissociable de celle pour les droits des travailleurs et des migrants, les congés de maladie payés et l’accès égalitaire aux services publics.
La crise de la santé n’oppose pas les patients au personnel hospitalier. Les uns comme les autres subissent les conséquences du manque de ressources et des pressions constantes exercées sur les services publics.
La solution ne consiste pas à transformer la maladie en une nouvelle source de profits privés, mais à construire un système public de santé plus fort, plus juste, responsable devant la population et garantissant des soins à toutes et tous.
Le fait que 84 % des répondants réclament du changement devrait pousser les gouvernements à investir davantage dans la santé publique, et non à exploiter la frustration liée aux délais d’attente pour justifier la privatisation.
La santé n’est pas une marchandise, et les soins médicaux ne doivent pas être un privilège réservé aux riches. C’est un droit pour toutes et tous. Défendre ce droit est une lutte commune aux travailleurs, aux patients, aux migrants et à toutes celles et ceux qui veulent une société où la vie humaine passe avant les profits.



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