Août 11

Cessons de faire payer aux personnes réfugiées la crise du système de santé canadien

Le gouvernement Carney a partiellement annulé les compressions imposées au Programme fédéral de santé intérimaire (PFSI), après des mois de mobilisation menée par des personnes réfugiées, des professionnel·les de la santé et des organismes communautaires. Bien que cette décision aide certaines familles, elle maintient une politique cruelle qui oblige certaines des personnes les plus pauvres et les plus vulnérables du Canada à payer pour des soins essentiels qu’elles n’ont pas les moyens de s’offrir.

Le PFSI offre une couverture temporaire aux personnes réfugiées réinstallées et aux demandeur·euses d’asile qui attendent d’être admissibles à l’assurance maladie provinciale ou territoriale. Depuis mai 2026, la majorité des bénéficiaires doivent payer 30 % du coût de services médicaux, de fournitures et d’appareils auparavant couverts, ainsi que quatre dollars pour chaque ordonnance ou renouvellement.

Pour une personne demandeuse d’asile sans permis de travail, un·e travailleur·euse migrant·e à faible revenu ou une personne sans statut, ces frais peuvent signifier devoir choisir entre les médicaments, la nourriture et le loyer. Il ne s’agit pas d’un simple « partage des coûts », mais d’une taxe sur la pauvreté, la maladie et la précarité du statut migratoire.

La mobilisation a imposé ce recul

Le 31 juillet, plusieurs services et fournitures essentiels — notamment le matériel d’alimentation, les appareils respiratoires, les implants auditifs et la réadaptation hospitalière — ont été transférés vers une catégorie de couverture sans quote-part.

Cette décision aidera des familles comme celle d’« Olivia », une mère demandeuse d’asile dont la fille est atteinte de paralysie cérébrale. Après les compressions, elle devait trouver plus de 500 dollars par mois pour couvrir les nouvelles dépenses médicales, au risque de devoir sacrifier la nourriture et d’autres produits essentiels pour maintenir sa fille en vie.

Le gouvernement présente ce recul comme une « mise à jour de routine ». Pourtant, il survient après des mois de manifestations, de rencontres avec des député·es, de couverture médiatique et d’organisation collective. Ce soulagement n’est pas un cadeau du gouvernement. Il a été arraché par la résistance collective.

L’austérité passe toujours avant les vies humaines

Ottawa affirme que cette modification préservera presque entièrement les économies annuelles prévues d’environ 200 millions de dollars. De nombreux services et produits médicaux essentiels restent donc soumis à une quote-part de 30 %.

Le gouvernement a également agi après avoir constaté que priver des personnes d’oxygène à domicile, de sondes d’alimentation ou d’autres fournitures pouvait prolonger leur hospitalisation et coûter davantage au système. Son recul repose moins sur le respect des droits humains que sur des calculs financiers.

Les travailleur·euses sans statut demeurent particulièrement exposé·es. Beaucoup sont entièrement exclu·es de l’assurance maladie publique, bien qu’ils et elles travaillent, paient des impôts et soutiennent des secteurs essentiels de l’économie. Lorsqu’ils et elles tombent malades ou se blessent au travail, le coût des traitements et la crainte que leur statut migratoire soit révélé les empêchent souvent de demander de l’aide.

Les personnes réfugiées ne sont pas responsables de la crise du système de santé

Le chef conservateur Pierre Poilievre prétend que les personnes réfugiées bénéficient de meilleurs soins que les citoyen·nes canadien·nes. Cet argument diviseur transforme une crise provoquée par le sous-financement et la privatisation en conflit entre des personnes qui subissent toutes les conséquences de ces politiques.

Les personnes réfugiées n’ont pas créé la pénurie de médecins, la surcharge des hôpitaux ni les longues listes d’attente. Ces conditions résultent des décisions gouvernementales de réduire les services publics tout en permettant aux entreprises privées de tirer profit de la maladie.

Priver les personnes réfugiées de soins n’améliorera la situation de personne. La solution est un système de santé public, universel et correctement financé, et non davantage d’exclusion.

Le Centre des travailleurs et travailleuses immigrants accueille favorablement toute mesure qui réduit la souffrance, mais ce recul partiel ne suffit pas. Ottawa doit abolir toutes les quotes-parts introduites en mai et rétablir la couverture complète du PFSI.

Des soins de santé gratuits et complets doivent être garantis à toutes et à tous, y compris aux personnes réfugiées, aux demandeur·euses d’asile, aux travailleur·euses migrant·es temporaires, aux étudiant·es internationaux·ales et aux personnes sans statut.

La maladie ne demande ni passeport ni permis de travail. Le système de santé ne devrait pas le faire non plus.

Autres articles d'intérêt

Faire des droits en santé et sécurité une réalité pour les travailleurs non syndiqués

Rendre effectif le droit des travailleurs non syndiqués à participer à la prévention des accidents et des maladies du travail Par David Mandel Chaque année, le travail tue davantage de travailleurs et travailleuses dans le monde. Rien qu’en 2023, près de 3 millions de travailleurs sont morts — plus que le nombre total de personnes tuées dans les guerres cette même année (OIT, 2023). Pourtant, bien qu’il soit démontré que... En savoir plus →

Lorsque le Canada avait besoin de Harish, il était « essentiel » Lorsqu’il a demandé la sécurité, il est devenu expulsable

Après huit années passées à travailler, à étudier et à tisser des liens, la famille Kumar a été forcée de quitter le Québec et de retourner en Inde. Pour le gouvernement, l’histoire s’est terminée par le rejet d’une demande d’asile et l’exécution d’une décision administrative. Mais pour Harish, son épouse Sonika et leurs deux enfants, cette décision signifiait être arrachés de force à toute une vie construite à Montréal. La... En savoir plus →

Des associations exigent des partis des actions contre les contestations abusives des employeurs

À l’occasion de la campagne électorale québécoise, douze associations de défense des travailleuses et travailleurs accidentés ou malades, dont le Centre des travailleuses et travailleurs immigrants (IWC-CTI), interpellent les principaux partis politiques. Dans une lettre commune envoyée le 2 septembre 2026, les organisations dénoncent la judiciarisation croissante du régime de réparation des lésions professionnelles. Les contestations patronales devant le tribunal sont passées de 2 343 en 1997-1998 à 29 688... En savoir plus →

Les personnes immigrantes ne sont pas la crise du Québec; l’incitation politique contre elles l’est

Quelques jours seulement après le début de la campagne électorale québécoise, les personnes migrantes sont de nouveau présentées comme responsables des écoles surpeuplées, de la crise du logement et de la détérioration des services publics. Le chef du Parti Québécois, Paul St-Pierre Plamondon, promet de réduire le nombre de personnes immigrantes temporaires au Québec, le faisant passer de plus de 500 000 à une fourchette de 200 000 à 250... En savoir plus →