Jan 24

Des permis qui enchaînent Quand le contrôle se fait passer pour une politique

La conférence de presse tenue par le Centre des travailleurs et travailleuses immigrants à Montréal le 23 janvier 2026 n’était pas une simple action symbolique. Elle constituait un témoignage collectif contre un système d’immigration et de travail qui produit la précarité puis se dégage de ses responsabilités. Alors que depuis 2024 le gouvernement fédéral et le gouvernement du Québec rivalisent pour durcir les restrictions et réduire le nombre de migrants les travailleurs migrants se retrouvent confrontés directement aux conséquences de ces politiques. Exploitation. Pauvreté. Perte de statut légal. Et une attente interminable pour une justice qui pourrait ne jamais venir.

Les travailleurs victimes de l’agence privée de recrutement et de placement IRIS ne peuvent voir leur histoire résumée au nom d’une seule agence. Ils sont toujours pris dans des démarches juridiques longues et complexes devant la CNESST afin de récupérer plus de cent mille dollars en salaires impayés et en frais de recrutement illégaux imposés par l’agence et son propriétaire. Les années passent tandis que les travailleurs vivent dans une instabilité permanente sans revenus et sans protection.

Les abus subis par les travailleurs n’étaient pas uniquement financiers. Ce qui a été révélé dépasse le vol de salaires et met en lumière un schéma organisé de contrôle et de maltraitance. Un contrôle administratif total de leur vie. L’envoi vers des lieux de travail non autorisés. La rétention de documents. La désinformation délibérée concernant leur statut légal. De mauvais conseils en immigration. Des frais illégaux. Des pratiques qui relèvent clairement des caractéristiques de la traite de main d’œuvre. Les conséquences ont été immédiates et violentes. Une précarité financière extrême. Une insécurité juridique. Et dans certains cas la perte complète du statut migratoire.

Ces faits soulèvent une question politique incontournable. Comment une agence privée a pu détenir un tel pouvoir sur la vie des travailleurs sans contrôle effectif des gouvernements fédéral et provincial. Comment cette agence a été autorisée à recruter des travailleurs étrangers temporaires sans garantir le respect des conditions de travail prévues par la loi. Et comment les travailleurs ont été laissés seuls face aux conséquences tandis que le même système continue de fonctionner sans rendre de comptes.

Bien que le gouvernement fédéral ait instauré des permis de travail ouverts pour les travailleurs en situation de vulnérabilité il y a plus d’un an ce mécanisme s’est révélé inefficace. Les procédures sont lentes. Les dossiers s’allongent. Les permis expirent avant d’offrir une protection réelle. Aujourd’hui plusieurs de ces permis ont expiré laissant les travailleurs à nouveau dans une situation juridique instable. Ils ont donc été contraints de déposer des demandes de permis de séjour temporaire afin de rester au pays et poursuivre leurs démarches pour récupérer leurs salaires.

Les travailleurs exigent que l’État assume pleinement sa responsabilité. C’est l’État qui a accordé à l’agence IRIS son pouvoir légal. C’est l’État qui a permis que les travailleurs soient liés par des permis de travail fermés donnant aux employeurs et aux intermédiaires un pouvoir quasi absolu. Aujourd’hui ces travailleurs demandent que leurs demandes de permis de séjour temporaire soient traitées rapidement et équitablement afin de pouvoir rester au Canada et poursuivre leur lutte juridique sans craindre l’expulsion.

Les revendications sont claires et sans équivoque. Une réglementation effective et stricte des intermédiaires privés du marché du travail. Une protection réelle contre les pratiques abusives. L’abolition des permis de travail fermés qui rendent l’exploitation structurelle plutôt qu’exceptionnelle. Et un programme global de régularisation pour les migrants sans statut qui perdent leur statut légal à la suite de ces abus.

Comme l’a déclaré un travailleur lors de la conférence de presse en utilisant un nom fictif par crainte de représailles. Nous sommes victimes deux fois. Une fois par l’agence IRIS et une autre fois par un système d’immigration qui nous maintient dans une précarité permanente. Un autre travailleur a ajouté que les autorités de l’immigration refusent de reconnaître que ce qu’ils vivent n’est pas un incident isolé mais le résultat naturel d’un système défaillant.

Ce qui a été dévoilé lors de cette conférence de presse n’est pas un scandale passager mais le reflet d’un système entier. Un système qui construit l’économie sur le dos de travailleurs sans sécurité puis les sanctionne lorsqu’ils réclament leurs droits. Le Centre des travailleurs et travailleuses immigrants affirme que cette lutte ne s’arrêtera pas. Parce que la justice ne se conquiert pas dans le silence. Et parce que la dignité ne peut rester conditionnelle à la peur.

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