Devant les bureaux de la CNESST à Montréal, les voix des travailleuses et des travailleurs ont rempli l’espace. Nous étions présents, en tant que Centre des travailleurs et travailleuses immigrants, aux côtés de UTTAM, de la CSN Construction et de l’Alliance syndicale de la construction. Nous ne sommes pas venus seulement pour déposer des fleurs ou rappeler des noms. Nous sommes venus dire clairement que ces morts ne sont pas une fatalité. Elles sont le résultat d’un système.
En 2025, 257 travailleurs et travailleuses ont perdu la vie au travail au Québec. Dans la région métropolitaine de Montréal seulement, 43 personnes sont mortes. Ces chiffres ne sont pas des statistiques. Ce sont des accusations. Derrière chaque nombre, il y a une vie, un visage, une famille qui attendait un retour qui n’est jamais venu. Et pourtant, le même système continue comme si de rien n’était.
Devant la CNESST, il ne s’agissait pas d’un geste symbolique. La colère était palpable. Les travailleurs ont parlé de chantiers devenus des zones de danger quotidien. De cadences imposées. De pression pour produire à tout prix. D’une surveillance qui recule au lieu de se renforcer. Personne ne parlait d’accidents. Tout le monde parlait de responsabilités.
Au cœur de cette colère se trouve l’attaque du gouvernement contre les représentant·e·s en santé et sécurité à temps plein. Ces personnes se tiennent entre la vie et la mort. Leur présence sur les chantiers n’est pas administrative. Elle est essentielle. Les retirer, c’est augmenter les risques, les blessures et les décès.
Ce que propose le gouvernement n’est pas une réforme. C’est une réorganisation du danger. On transfère la responsabilité vers les travailleurs eux mêmes, dans un système où beaucoup ne peuvent pas refuser un travail dangereux, en particulier les travailleurs migrants liés à leur employeur par des permis fermés et la peur de la déportation.
La réalité est claire. Les travailleurs migrants, nombreux dans les secteurs les plus dangereux, sont envoyés en première ligne sans protection. Leur statut précaire impose le silence. Il impose l’acceptation. Dans ce contexte, la mort n’est pas un accident. C’est une conséquence.
La Journée de commémoration des travailleuses et des travailleurs est souvent présentée comme un moment de deuil. Mais ce qui s’est passé devant la CNESST était autre chose. Un passage du deuil à la confrontation. Du souvenir des victimes à la dénonciation des causes.
Le message de la rue est simple. Celles et ceux qui construisent cette société ne sont pas jetables. Leur vie n’est pas un coût.
Le gouvernement doit reculer face à son attaque contre les représentant·e·s en santé et sécurité. Leur présence sur chaque chantier est le minimum dans un système qui échoue encore à protéger les travailleurs.
Ce n’était pas qu’un rassemblement. C’était un rappel. La justice ne vient pas d’en haut. Elle s’arrache par la lutte.
Jusqu’à ce jour, la voix des travailleurs sera plus forte que le silence.



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