Le mois de juillet 2026 marque une nouvelle étape importante dans l’évolution du système d’immigration canadien. Si les gouvernements fédéral et québécois présentent ces mesures comme de simples réformes administratives, elles s’inscrivent en réalité dans une stratégie politique et économique plus large visant à gérer l’immigration avant tout en fonction des besoins du marché du travail, tout en renforçant le contrôle sur les travailleuses et travailleurs migrants temporaires, les demandeurs d’asile et les étudiants internationaux.
Bien que plusieurs de ces nouvelles mesures s’appliquent à l’ensemble du Canada, leurs répercussions seront particulièrement importantes au Québec, où les débats sur les niveaux d’immigration, les pénuries de main-d’œuvre et les droits des travailleuses et travailleurs migrants sont de plus en plus polarisés.
Ces changements surviennent également quelques semaines seulement après le dépôt du projet de loi C-2 par le gouvernement fédéral. En élargissant les pouvoirs de l’État en matière d’immigration et d’asile, ce projet de loi, combiné aux réformes annoncées en juillet, confirme une orientation qui privilégie le contrôle des frontières et la flexibilité du marché du travail plutôt que les droits des personnes migrantes et leur intégration durable.
Une ouverture sélective au Québec
Parmi les mesures les plus positives figure la politique publique temporaire du Québec permettant aux conjointes et conjoints des personnes sélectionnées dans le cadre du Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ) d’obtenir un permis de travail ouvert.
Cette mesure reconnaît qu’une politique d’immigration économique ne peut réussir si les familles des travailleuses et travailleurs sont privées du droit de travailler et d’assurer leur stabilité financière. Toutefois, cette avancée demeure limitée. Elle exclut des centaines de milliers de travailleuses et travailleurs étrangers temporaires titulaires de permis fermés, de nombreux demandeurs d’asile ainsi qu’un grand nombre de travailleuses et travailleurs à bas salaire qui continuent de vivre dans une grande précarité, tant sur le plan de l’emploi que du statut migratoire.
Une pénurie de main-d’œuvre sans sécurité permanente
La stratégie migratoire du Québec met en évidence une contradiction plus profonde. Les gouvernements affirment vouloir réduire le nombre de résidents temporaires, tout en continuant de dépendre fortement de la main-d’œuvre migrante pour assurer le fonctionnement des hôpitaux, des centres de soins de longue durée, des fermes, des entrepôts, des restaurants, du transport, du secteur manufacturier et de la logistique.
Il ne s’agit pas simplement d’une contradiction, mais d’un modèle économique qui repose de plus en plus sur les travailleuses et travailleurs migrants tout en refusant à un grand nombre d’entre eux un statut permanent et l’égalité des droits. Leur travail est recherché lorsqu’il répond aux besoins de l’économie, mais ils demeurent trop souvent exclus de la sécurité et des protections accordées aux résidents permanents.
Un durcissement des politiques d’asile
Le gouvernement fédéral propose également d’importantes réformes du système de détermination du statut de réfugié. Celles-ci comprennent notamment la réduction des délais pour déposer une demande d’asile complète et les documents justificatifs, tout en permettant aux personnes admissibles d’obtenir plus rapidement un permis de travail ouvert.
L’accès plus rapide au marché du travail peut favoriser l’autonomie financière des demandeurs d’asile et accélérer leur intégration. Toutefois, le raccourcissement des délais risque de créer de nouveaux obstacles pour les personnes les plus vulnérables, qui ont souvent besoin de davantage de temps pour réunir leurs documents ou se remettre des traumatismes qu’elles ont subis.
Combinées au projet de loi C-2, ces mesures témoignent d’un déplacement progressif des priorités, de la protection des réfugiés vers un contrôle accru des migrations.
Un système d’immigration toujours plus précaire
Les étudiants internationaux continuent eux aussi de faire face à des règles plus restrictives, notamment de nouvelles exigences administratives lorsqu’ils changent d’établissement d’enseignement ainsi que le maintien du plafond national sur les permis d’études.
Plus largement, le système canadien d’immigration s’éloigne progressivement de l’élargissement des voies d’accès à la résidence permanente pour miser davantage sur une immigration temporaire. À mesure que les employeurs acquièrent un pouvoir accru sur les conditions de séjour des personnes migrantes, celles-ci deviennent de plus en plus dépendantes de leur employeur, tant pour conserver leur emploi que leur statut légal.
Cette dépendance décourage les travailleuses et travailleurs de dénoncer les conditions de travail dangereuses, le vol de salaire ou les abus, tout en affaiblissant leur capacité à s’organiser collectivement.
Les droits des migrants et les droits du travail sont indissociables
La politique d’immigration ne peut être dissociée des droits des travailleuses et travailleurs.
Lorsque le statut migratoire dépend d’un seul employeur, les travailleuses et travailleurs hésitent souvent à se syndiquer, à déposer des plaintes en matière de santé et sécurité ou à dénoncer l’exploitation, par crainte de perdre à la fois leur emploi et leur droit de demeurer au Canada.
Les expériences vécues au Québec — des entrepôts d’Amazon aux secteurs agricole, hôtelier et des soins de longue durée — démontrent que la précarité du statut migratoire est devenue un puissant outil pour affaiblir le pouvoir de négociation des travailleuses et travailleurs.
Protéger les travailleuses et travailleurs migrants exige donc bien davantage qu’une amélioration des procédures administratives. Cela suppose de remettre en cause les mécanismes structurels qui rendent leur exploitation possible.
Une alternative fondée sur les droits
Les réformes de l’immigration mises en œuvre en juillet envoient un message clair : les gouvernements sont prêts à faciliter l’immigration lorsqu’elle répond aux besoins de l’économie, tout en renforçant simultanément le contrôle sur l’asile, l’immigration temporaire et l’accès à la résidence permanente.
Pour l’Immigrant Workers Centre, l’alternative est claire. Le Canada doit abolir les permis de travail liés à un employeur, créer des voies accessibles vers la résidence permanente pour toutes les travailleuses et tous les travailleurs migrants, retirer le projet de loi C-2, renforcer la protection des personnes réfugiées et garantir à chaque travailleuse et travailleur — quel que soit son statut migratoire — le droit de s’organiser, de travailler dans des conditions sécuritaires et de vivre dans la dignité.
L’immigration ne doit pas être considérée comme un simple outil destiné à répondre aux besoins du marché du travail. Elle est avant tout une question de droits humains, de justice sociale et d’égalité. Une économie qui dépend du travail des personnes migrantes ne peut être construite sur un système qui leur refuse l’égalité des droits.



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