Après huit années passées à travailler, à étudier et à tisser des liens, la famille Kumar a été forcée de quitter le Québec et de retourner en Inde. Pour le gouvernement, l’histoire s’est terminée par le rejet d’une demande d’asile et l’exécution d’une décision administrative. Mais pour Harish, son épouse Sonika et leurs deux enfants, cette décision signifiait être arrachés de force à toute une vie construite à Montréal.
La famille est arrivée au Canada en avril 2018 pour demander protection. Selon le récit de Harish, leur épreuve a commencé au Pendjab en 2017, lorsqu’il a refusé de verser de l’argent à des personnes associées à des groupes politiques. Il affirme avoir ensuite été arrêté et maltraité par la police, avant d’être contraint de déménager à plusieurs reprises, de se cacher, puis de fuir l’Inde avec sa famille.
Essentiel pendant la crise, expulsable après
Harish n’a pas attendu qu’on subvienne à ses besoins. Il a commencé à travailler comme camionneur en 2019 et a continué à transporter des marchandises pendant la pandémie de COVID-19, alors que rester chez soi constituait un privilège inaccessible aux travailleurs essentiels. Son travail a contribué à maintenir l’approvisionnement des magasins et le fonctionnement des communautés. Sonika a également travaillé pour soutenir la famille, notamment chez Village des Valeurs.
Lorsque l’économie canadienne avait besoin de leur travail, ils étaient qualifiés de « travailleurs essentiels ». Mais une fois la crise terminée, leurs années de travail, les impôts payés et leur contribution à la communauté ne les ont pas protégés contre la déportation. Voilà la cruauté au cœur du système d’immigration : il profite du travail des personnes migrantes tout en considérant leurs vies comme temporaires et jetables.
Deux enfants arrachés au seul chez-soi qu’ils connaissent
Les enfants de la famille, Goulash et Japesh, ont 14 et 12 ans. Ils ont passé la majeure partie de leur vie au Canada, fréquenté ses écoles, appris le français et construit ici leurs amitiés et leurs rêves. Montréal n’était pas une étape temporaire : c’était la ville où ils avaient grandi et la communauté qu’ils connaissaient.
L’un des enfants a déclaré à CTV News qu’il avait grandi ici et qu’il n’avait rien en Inde. Son jeune frère devait recommencer sa vie dans un pays qu’il connaissait à peine.
Pourtant, la machine à déporter réduit des années d’enfance, d’école, de langue et d’amitiés à de simples détails secondaires dans un dossier. Elle fait payer à deux enfants le prix d’une décision qu’ils n’ont pas prise, comme si les arracher à leur communauté ne constituait pas en soi une forme de violence.
Une campagne urgente pour garder la famille unie
À l’approche de la date limite du 7 septembre 2026, le Centre des travailleurs et travailleuses immigrants a lancé une campagne urgente pour empêcher la déportation de la famille. Le Centre a publié des appels à l’action en français et en anglais et invité la population à téléphoner et à écrire à la ministre de l’Immigration, au ministre de la Sécurité publique et à l’Agence des services frontaliers du Canada afin d’exiger un réexamen urgent et humain du dossier.
Les personnes soutenant la famille ont également lancé une pétition réclamant la suspension du renvoi et une réévaluation du dossier qui protège l’unité familiale et l’intérêt supérieur des enfants. L’histoire de la famille a été relayée par les médias, tandis que des proches, des voisin·es et des militant·es se sont mobilisé·es pour défendre son droit de rester.
Cette campagne n’était pas un geste de charité accompli au nom d’une famille isolée. Elle cherchait à transformer une peur individuelle en résistance collective et à briser le silence dont dépend la machine à déporter.
La déportation n’est pas une affaire individuelle
L’histoire de la famille Kumar s’inscrit dans un contexte où le Québec procède à près de 200 déportations chaque semaine. Derrière chaque chiffre se trouve un travailleur, une mère, un enfant ou une famille qui a construit sa vie ici avant de se retrouver face à un État capable de détruire tout ce qu’elle avait bâti.
Comme l’explique la brochure du Centre des travailleurs et travailleuses immigrants, Montréal debout contre les déportations, cette machine ne peut pas être combattue individuellement. Nous avons besoin de comités de quartier, de réseaux d’alerte et de soutien, de documentation des interventions de l’ASFC ainsi que de la mobilisation des écoles, des syndicats, des milieux de travail et des organismes communautaires.
La campagne n’a pas empêché que la famille Kumar soit arrachée à sa vie au Québec, mais cela ne la rend pas inutile. Elle a brisé l’isolement de la famille, révélé l’injustice de la décision, placé des noms et des visages derrière les statistiques sur les déportations et affirmé que chaque tentative d’expulsion doit rencontrer une résistance collective.
La famille Kumar n’a pas échoué à s’intégrer au Canada. C’est un système qui a échoué : un système qui a consommé le travail des parents, laissé leurs enfants grandir ici, puis décidé que huit années de vie ne suffisaient pas pour reconnaître leur droit de rester.
Non aux déportations. Gardons les familles unies. Organisons nos quartiers pour résister à la machine à déporter.



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